L’évolution du métier de rédacteur Web : entretien avec Ève Demange

Lors des journées du contenu Web, j’ai échangé avec Ève Demange sur l’évolution du métier du rédacteur Web. Face à la profusion de contenus à qualité inégale, je souhaitais avoir son ressenti. Ève est une pionnière dans la professionnalisation du métier qu’elle exerce depuis 16 ans et je suis son blog depuis le début de mon aventure de travailleuse autonome, il m’importait donc d’avoir son avis !Entretien…

Ève, face à la profusion de contenus actuels et notamment aux contenus automatisés, que penses-tu de la place du rédacteur et de la qualité des contenus…

« La  semaine dernière, au SEO Campus, j’ai assisté à une présentation du content spinning « Génération de textes automatique vs content spinning vs rédacteurs ». C’était  intéressant et flippant à la fois, car comme expliqué dans son article « Le SEO Camp’us Paris 2014 vu par une rédactrice web ! », il y a donc 4 manières de créer un contenu pas cher

  1. Le content spinning
  2. La rédaction off-shore
  3. La rédaction web en passant par des plateformes d’achat (genre TextMaster ou GretContent)
  4. La génération automatique de contenu.

Si l’on s’interroge sur la qualité, la commande du texte off shore dépend donc la qualité… du rédacteur.

Imaginons un site de e-commerce qui a 60 000 fiches produit, il est bien sûr obligé de trouver une manière de réaliser un contenu « à bas prix ». Il devra donc proposer des fiches écrites par des robots, mais son introduction et ses rubriques devront être très qualitatives.
Les marques, dans la beauté ou le luxe, devront, quant à elles, être très créatives et véhiculer un sens. Elles s’appuieront sur des rédacteurs très performants, ce qui se paye cher.
Si, par exemple, il n’y a pas de ligne éditoriale sur le site Booking, dont la fonction est d’être purement fonctionnel, en revanche, si tu prends le Guide du routard, les contenus te font rêver avec une ligne éditoriale basée sur l’émotion.

Le média Web a ceci de particulier qu’il nivelle : c’est-à-dire qu’il place tout le monde au même niveau, Rue 89 et le marchand d’autocollants de voiture. Ils sont à un clic d’écart et pourtant, seul le premier a pour métier de raconter des histoires et de rédiger du contenu. Il sera dans cette culture de l’écrit et dans la maîtrise de l’information, avec certaines exigences, tandis que l’autre sera performant dans son corps de métier, mais ne saura pas en parler. Leur point commun, c’est que tous deux ont un site Web qui doit vivre à travers les contenus.
On constate ainsi, par rapport au contenu, un problème de culture, donc de connaissance et d’identification de besoin et de maturité.
Aujourd’hui, bon nombre de  business model des entreprises ne sont pas axés sur le contenu. Elles n’ont donc ni exigences ni budget leur permettant de faire un contenu « de dingue » avec plusieurs rédacteurs.

En revanche, certains magazines ou sites se positionnent sur le fait que la qualité du contenu fait la qualité de l’audience.
Les démarches de contenu automatique tuent le marché des rédacteurs. Mais, notre force en tant que rédacteur, c’est de proposer un contenu créatif et qualitatif (en respectant l’orthographe !), qui donne envie et fait rêver. 

C’est bien pour cela que la génération de texte automatique n’apportera pas la dimension d’émotion, de sensorialité, d’intelligence de sens d’un rédacteur.

Je ne crois pas à la rédaction offshore, mais à un contenu écrit avec le cœur, un love content. »

Apparition rapide (en raison de l’heure imminente de son train) de Valérie Hameau (directrice conseil chez Dixxit) qui évoque également la question d’un tandem Concepteur Rédacteur/ Directeur Artistique à construire qui doit travailler à des formats de contenus toujours plus innovants.

Ève  évoque également les agences d’ergonomie qui devraient mieux prendre en compte le message et le référencement naturel.

Notre conversation rebondit sur la conférence de l’après-midi concernant l’adaptation des formats d’écriture suivant les supports.

Ève : « On va vers des formats d’article nouveaux, à l’instar de ce qui se passe dans la publicité, il s’agit d’une rencontre entre quelqu’un qui raconte une histoire et quelqu’un qui réfléchit à comment la raconter (lire les comptes rendus des journées Web sur le storytelling). Il est donc important de construire ensemble : le storytelling peut être porté par énormément de supports, ce qui compte, c’est la mise en scène de l’information.
Comment adapter le storytelling sur plusieurs supports ? Non, il n’est pas adapté sur mobile. En revanche, il fonctionnera sur tablette (pensez au webdoc).

La façon d’écrire est influencée par le format et par l’usage. Si tu écris sur une tablette, tu prends le temps. Le mobile, c’est un autre usage. Donc, le format et le support (affichage) forcent la façon d’écrire. Tu adaptes ton message.
Notons que le marché de la rédaction sur les mobiles, tablettes n’est pas encore mature. »

Pour résumer, l’évolution du rédacteur web est entraînée par le support et les canaux qui forcent l’écriture à s’adapter. Sur les réseaux sociaux, on converse et on n’informe pas comme sur le Web.
Ève insiste sur la nécessité d’une conception créative et de qualité : on ira chercher des rédacteurs pour leur qualité de travail, mais aussi pour leur capacité à donner envie, à faire rêver.

Merci Ève de ce brillant état des lieux sur le sujet et à bientôt !

Retrouvez Ève sur son site Plume Interactive et sur Twitter

À consulter sur le sujet : zoom métier, mais que fait le rédacteur Web ?


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  • http://www.ferreole.fr/ Ferréole

    Bonjour !
    @Coline @disqus_XIlOLJQVvL:disqus : oui, il faut réinventer constamment le périmètre d’action du rédacteur Web.
    Bienvenue sur ce blog @Eric !

  • Coline

    La vision d’Eve Demange, bien qu’alarmante, est particulièrement objective. Je préciserai par contre que cette situation n’est pas la même pour tous : en France nous sommes très très en retard sur la question du content-marketing et de la vision web en général. Tant que nous aurons 10 ans de retard, nous aurons du mal à évoluer…

    J’ajouterai aussi que, pour moi, le métier de rédacteur web n’existe pas tel quel : aujourd’hui, pour trouver un emploi, il faut être rédacteur web, community manager, intégrateur, ergonome, webdesigner… Bref la polyvalence et l’investissement personnel sont de mises !

    Merci à toutes les deux pour ces retours ;)

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  • Eric

    Bonjour,

    Oui le rédacteur aura toujours sa place, même si cette dernière se doit d’être réinventée.

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